Une épidémie en 1775 racontée à un Baignois

En cette période troublée par la pandémie, je voulais partager avec vous une lettre datée du 28 décembre 1775 dont le destinataire était Paul Entier de chez Légeron à Sainte-Radegonde et l’expéditeur son frère, Jean de Versailles. Ce document provenant des papiers de la famille Sauve est consultable à l’annexe des archives départementales de la Charente-Maritime où l’ensemble de ce fonds a été versé.

Famille Entier

La famille Entier est originaire de Baignes-Sainte-Radegonde, on la retrouve dès le XVIIe siècle où elle serait venue se réfugier auprès du seigneur de Montausier en raison de ses origines protestantes. Plus récemment, le dernier porteur du nom était Alfred Entier (1869-1940) : juge de paix qui a officié à Baignes à l’époque de la Première guerre mondiale. Fils de Jean-Baptiste-Alfred Entier et Lucile Blanloeil, marié à Marthe Montaxier dont il eut une fille unique : Madeleine laquelle épousa Louis Sauve, ces derniers étant les parents d’une Baignoise bien connue : madame Yvonne Audibert.

Jean Entier, l’auteur de la lettre, demeurait rue de la Pompe à Versailles et exerçait en qualité de perruquier à la cour, ayant succédé à ce poste à son oncle Jean-Baptiste Entier Dubois. Il coiffait, dit-on les « Dames de France », son fils Léonard aurait été le coiffeur de Marie-Antoinette dont il fut très proche, ayant été l’un des acteurs de l’évasion de la famille royale à Varennes…


 

Une épidémie en 1775

Ce document fort intéressant nous montre que l’histoire a une fâcheuse tendance à se répéter. De tout temps, de grands fléaux se sont abattus sur notre pays, entraînant des pics de mortalité et obligeant la population à appliquer quelques principes pour tenter de s’en prémunir.

Jean Entier, après avoir pris des nouvelles de son frère Duroc et de sa sœur et envoyé ses vœux à l’occasion de la nouvelle année, donne les nouvelles du pays :

(…) je vous dirais comme nouvelles qu’il y a une maladie dans ce pays ci qu’on appelle la grippe qui est une espèce de rhume qui vous prend à la poitrine on est mort tout de suite c’est occasionné par des brouillards considérables on a mis un drap sur les tours de Notre Dame pour en tirer de l’eau elle a été un véritable poison on l’a fait prendre à des animaux il est mort aux Invalides plus de quatre cents hommes en huit jours de temps la saignée est contraire à ces maladies là la faculté de Paris l’a fait annoncer aux prônes il n’y a pas de maison qui n’ait eu cette maladie là j’ai vu deux de mes garçons qui ont été bien mal mon épouse et moi nous avons été exempts jusqu’à présent nous sortons le moins que nous pouvons car en ouvrant les portes on sent un air pestifère.(…)

Extrait de la lettre de Jean Entier à son frère Paul Entier du 28 décembre 1775.

On peut rapprocher ce texte d’un autre écrit par un bourgeois parisien en 1743 : Il règne cet hiver une maladie générale dans le royaume qu’on appelle grippe et qui commence par un rhume et mal de tête, cela provient des brouillards et d’un mauvais air. Depuis quinze jours il n’y a pas de maison dans Paris où il n’y ait eu des maladies ; on saigne et l’on boit beaucoup d’autant plus que cela est ordinairement accompagné de fièvre, on fait prendre aussi quelques lavements. On guérit généralement après quelques jours, les gens les plus âgés sont plus exposés que les autres.

 

Peste de 1619

A Paris, lors de l’épidémie de peste de 1619, ceux qui en avaient les moyens fuyaient la ville empestée et ceux qui restaient s’en protégeaient comme ils pouvaient en suivant les conseils du savant Charles de Lorme qui préconisait : de ne jamais sortir sans se mettre dans la bouche de l’ail, dans le nez de la rue (plante), dans les oreilles de l’encens, sur les yeux des bésicles, de s’habiller de maroquin ou de treillis d’Allemagne et de porter un masque de cuir auquel était attaché un nez long d’un demi-pied afin de détourner la malignité de l’air. (Jean Delay, avant-mémoire, tome 1)

Nous n’avons rien inventé, malgré les siècles qui passent, nous sommes toujours aussi impuissants et démunis face aux grandes pandémies qui s’abattent sur nous sans crier gare. Qu’il s’agisse de peste, de grippe ou de covid, nous sommes toujours aussi désarmés face à ces virus, le port du masque et le confinement ont prouvé qu’à travers les siècles, ils ont été les seuls remèdes et sûrement les plus efficaces. Quant à Pasteur, lorsque les microbes circulaient, il rechignait à serrer la main de ses contemporains et souhaitait qu’on lui vendît son pain emballé dans un papier. Cette pratique s’est généralisée aujourd’hui...

Judith RAPET

Date de dernière mise à jour : 30/08/2020

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