Averroes

Averroes

Ibn Rushd, connu en Occident sous son nom latinisé d'Averroès, naît en 1126 à Cordoue, en Andalousie. Issu d'une famille de cadis, juges aux fonctions civile et religieuse, il reçoit une éducation en droit et en théologie. Il devient ensuite médecin à la cour almohade et rédige le Colliget, traité de médecine qui lui apporte la noriété. Puis il se tourne vers la philosophie et entame à partir de 1166 un travail considérable sur la traduction et l'interprétation de l'oeuvre d'Aristote.

La fin de sa vie est marquée hélas par la disgrâce et l'exil. Dans les années 1190, le calife Al-Mansour fait interdire la philosophie et Averroès est contraint de fuir au Maroc. Là, il termine deux ouvrages majeurs, Le Grand Commentaire et La Béatitude de l'âme. Réhabilité par le sultan, il meurt à Marrakech en 1198. Son oeuvre aura une grande importance en Occident mais ne sera redécouverte en islam qu'au XIXè siècle.

A une époque où la philosophie est une discipline négligée, Averroès va lire tout ce qu'il peut trouver sur Aristote, considéré par lui comme "un sommet de l'humanité", et cherche à dépouiller, pas à pas, les manuscrits des citations et les textes surajoutés par les commentateurs pour retrouver les écrits originaux.

Ainsi, il tente l'interprétation de la métaphysique d'Aristote à la lumière du Coran, selon sa propre formule: "Le vrai ne peut contredire le vrai".

Averroès n'admet d'autres éléments dans la perception du monde que celle de nos sens face aux matières et aux formes.

Il démontre l'existence de Dieu par l'observation des choses qui ont été créées par Lui: "Les preuves de l'existence de Dieu se réduisent à deux genres: la preuve tirée de la providence et la preuve tirée de la création". S'il distingue deux sphères, celle de la religion et celle de la philosophie, rien dans l'explication du monde ne contredit le Coran, exprimé selon lui par des "exhortations" pour être compris du plus grand nombre.

Il discute le De anima d'Aristote dans une approche intelligente du rapport entre religion et philosophie, entre étude de la vérité révélée et surnaturelle et étude démonstrative de l'univers. Il pense que l'homme peut façonner le monde matériel en y introduisant des éléments spirituels. Pour lui, la béatitude spirituelle de l'homme est décrite dans le Coran.

Ce que la religion révélée nous promet de "béatitude dans une vie future", le philosophe arabe andalou le comprend comme "l'accès de l'intelligence humaine à l'intelligible pur par l'accroissement du savoir".

"L'intellect humain ne doit pas connaître de limites".

Si l'intelligence possède un caractère éternel, il se pose la question de l'immortalité de l'âme dans un monde qui n'a pour lui ni commencement ni fin.

Dans son commentaire de La République de Platon, qui constitue l'essentiel de son oeuvre politique, Averroès recherche une cité juste et un régime parfait, dirigé par un prince philosophe car il se méfie du pouvoir: "Le pouvoir est une forme de folie, certaines personnes sont prêtes à tout pour l'obtenir".

Car la politique doit rejoindre le but de la Création, qui est de procurer de la joie aux créatures.

Averroès expose qu'augmenter le bonheur du monde, c'est augmenter sa richesse. Contrairement à la tradition, il soutient l'égalité entre les sexes, la nécessité de ne pas cantonner les femmes aux rôles de la procréation, de l'allaitement et de l'éducation. Pour lui, les femmes devraient pouvoir travailler à l'instar des hommes, ce qui fait écho aux textes  platoniciens sur la capacité des femmes à gouverner et à exercer les tâches habituelles des hommes.

 

 

 

Il insiste en particulier sur les bienfaits de l'éducation dans la cité car "L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine conduit à la violence" et "L'ignorance peut être un exil dans son propre pays".

Averroes citation

Mais, avec la tradition, le philosophe andalou soutient, dans le contexte de rébellions dans le Maghreb et de reprise de la guerre contre les royaumes chrétiens, que divisions et discordes dans la communauté musulmane sont les semences de la destruction et admet la nécessité de la guerre sainte.

Les savoirs : La querelle d'Averroès, le philosophe arabe

Date de dernière mise à jour : 18/06/2022

Commentaires

  • Lys-Cléa

    1 Lys-Cléa Le 18/06/2022

    Bonjour,

    Merci pour ce Sujet fort intéressant ..
    où sous Lecture approfondie des Mots, l'on apprend beaucoup ..

    Lys-Cléa

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